Imaginez un chien géant, taillé dans la roche par le temps, la tête dressée vers le ciel. Quand la brume s’accroche à la falaise, on jurerait qu’il fume. Ce n’est pas une légende inventée pour les touristes : c’est le Chien qui fume, aussi appelé mont Dixinn, et il vous attend à seulement 42 km de Conakry.
Trois heures de marche, un peu de sueur, et la récompense tombe d’un coup : Conakry étalée à vos pieds, les méandres argentés de l’estuaire qui filent vers l’océan, et le massif du Kakoulima coiffé de nuages. Voici tout ce qu’il faut savoir pour vivre cette randonnée, l’une des plus spectaculaires à faire depuis la capitale.
Pourquoi l’appelle-t-on le « Chien qui fume » ?

Regardez la montagne de profil : la grande falaise ocre forme le crâne, l’avancée rocheuse dessine le museau. Une silhouette si nette qu’on la reconnaît depuis la route de Dubréka, et qu’on ne peut plus s’empêcher de la voir une fois qu’on l’a repérée.

Le reste, c’est la météo qui s’en charge. Quand un brouillard épais enveloppe le sommet, la brume s’échappe des anfractuosités de la roche et monte doucement, comme une fumée qui sortirait de la gueule de l’animal.
Le spectacle est particulièrement saisissant en saison des pluies et tôt le matin. Les habitants de Dubréka ont adopté ce surnom depuis longtemps : il colle si bien à l’image qu’il a presque effacé le nom officiel.
Mont Dixinn, Kakoulima : à qui appartient ce chien ?
Vous entendrez plusieurs noms, et c’est normal. Les organisateurs de randonnées et l’Office national du tourisme parlent du mont Dixinn. Le relief appartient au massif du Kakoulima, qui culmine à 1 011 mètres entre les préfectures de Dubréka et de Coyah. Le Chien qui fume se dresse sur l’une de ses crêtes, face au sommet principal.

Une montagne sacrée
Ce massif n’est pas une montagne comme les autres. Il était autrefois considéré comme sacré, et les Européens n’avaient pas le droit d’y monter.
Dès le début du XXe siècle, ses eaux ont été captées pour alimenter Conakry en eau potable : la ville boit, depuis plus d’un siècle, à la source de cette montagne.

Deux visages selon la saison
En saison des pluies, le massif change de visage : de fines cascades dévalent les falaises ocre et la forêt explose de verts. En saison sèche, les sentiers redeviennent praticables et la vue porte beaucoup plus loin.
La montée, étape par étape

1. Le départ à Bondabon
Tout commence au village de Bondabon, après la route de Dubréka. Au pied de la montagne, l’Auberge du Chien qui fume sert de camp de base : on y mange et on s’y baigne au retour, dans une piscine naturelle alimentée par le ruisseau Bondabon.
C’est aussi là qu’on recrute un guide : le départ du sentier n’est pas évident à trouver.

2. La forêt, puis les hautes herbes
La première partie grimpe à travers une végétation dense. Les pentes sont raides, parfois étroites et caillouteuses : on avance à son rythme. Puis la forêt s’ouvre sur de grandes prairies d’altitude, des herbes hautes qui ondulent au vent et quelques arbres isolés.

La pause qui fait du bien
À mi-parcours, les gros rochers posés dans les herbes font des points de vue parfaits pour souffler, boire un peu et mesurer le chemin déjà parcouru. Derrière vous, le Kakoulima s’enroule déjà dans ses nuages.

3. L’arrivée sur la crête
Après environ une heure et demie à deux heures de marche, vous débouchez sur la crête. En contrebas, la vallée de Dubréka et ses villages apparaissent d’un coup, nichés dans la verdure. Et là, le souffle coupé n’a plus rien à voir avec l’effort.
Au sommet : la Guinée à vos pieds

Les méandres de l’estuaire serpentent entre les mangroves jusqu’à l’Atlantique, et par temps clair on devine même les îles au large. C’est la vue que tout le monde est venu chercher.

Côté ville
Le Grand Conakry s’étale à perte de vue, avec ses milliers de toits rouges noyés dans la verdure. D’en haut, la capitale paraît étonnamment calme.
On monte pour voir le chien. On redescend en parlant de la vue.

Côté montagne
Face à vous, le Kakoulima joue avec les nuages. Les ombres glissent sur ses pentes boisées, et les villages accrochés à son pied ressemblent à des maquettes.

Prenez le temps
Installez-vous sur un rocher, sortez le pique-nique et regardez la vie de la ville en contrebas. C’est le moment de faire les photos dont tout le monde vous parlera, et de comprendre pourquoi la Guinée surprend ceux qui la découvrent.

Prolonger l’aventure : la cascade de la Soumba
Encore de l’énergie ? À proximité, la cascade de la Soumba offre ses chutes et ses bassins naturels, parfaits pour une baignade après l’effort. Bon à savoir : en fin de saison sèche, vers mars et avril, le débit baisse nettement. Pour une journée complète, combinez les deux : randonnée le matin, fraîcheur l’après-midi.
Nos conseils pour une randonnée réussie

- Partez tôt. Les groupes organisés quittent Conakry vers 6 h 30 pour marcher dès 9 h, avant la grosse chaleur.
- Prenez un guide local. Il connaît les sentiers, et votre visite fait vivre le village.
- Emportez au moins 2 litres d’eau, un en-cas, un chapeau et de la crème solaire.
- Chaussez-vous bien. Semelles crantées, surtout si le sol est humide.
- Évitez le cœur de la saison des pluies. Les pentes deviennent glissantes.
- Redescendez vos déchets. Rien ne doit rester là-haut.
Une montagne à protéger
Le massif du Kakoulima subit une pression croissante : constructions anarchiques, déboisement et érosion grignotent ses flancs. En le visitant avec un guide, en respectant les sentiers et en ne laissant aucune trace, vous montrez que ce patrimoine naturel a plus de valeur debout que bétonné. Le tourisme responsable est aussi une façon de le défendre.
Sources : Wikipédia, « Mont Kakoulima » ; VisitConakry, « Le Chien qui fume et Bondabon » ; Miranass Tourisme, « Rando au Chien qui fume » ; Office national du tourisme de Guinée (mars 2025) ; Le360 Afrique (janvier 2025) ; Guinéenews (février 2025). Les tarifs et horaires varient selon les organisateurs : vérifiez-les avant de partir.
Crédits photos (Wikimedia Commons) : Aboubacarkhoraa, CC BY-SA 4.0 ; Fantagbe Soumah, CC0.



